Le syndicat des psychologues appelle à la responsabilité de chaque soignant pour mettre fin à l’épidémie et assurer le nécessaire suivi psychologique à distance © CHRISTOPHE SIMON / AFP

En cette période d’isolement, les personnes atteintes de pathologies psychologiques s’exposent à une nouvelle forme de soins. Téléconsultation ou suivi à distance, les soignants s’adaptent à la crise sanitaire, alors que certains patients sont particulièrement affectés.

Le confinement a imposé au ministère de la santé et des solidarités une réflexion concernant de nouvelles mesures pour accompagner les soignants. Les patients et psychologues ont déserté les cliniques et les cabinets libéraux, pour faire place à un nouveau modèle de consultation : la télésanté. Ainsi, des solutions numériques, telles que des logiciels, plateformes ou applications, permettent de pratiquer un acte médical ou soignant à distance. Pourtant, des patients présentant certaines pathologies requièrent un suivi physique, et font face aux difficultés de l’isolement. Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé durant la journée de l’autisme, jeudi 2 avril, un confinement plus souple pour ceux qui en souffrent, avec la possibilité pour eux de sortir plus souvent.

L’initiative répond à l’un des souhaits de l’association Autisme de France, qui assure qu’ « une sortie d’une heure dans le pâté de maisons ne peut pas suffire à ceux dont les difficultés de comportement sont sévères, et le niveau de compréhension de l’événement, très faible. » Elle met également en avant les difficultés rencontrées par les familles, qui sont particulièrement exposées à l’épuisement physique ou psychologique durant la période de confinement. Les adultes et enfants autistes restent cependant coupés de leur visite régulière dans les structures spécialisées.

Emma, étudiante en troisième année de psychologie d’orientation psychanalytique à l’université Paris 7 Diderot, travaille habituellement deux matinées par semaine au CATTP, centre d’accueil et de thérapie à temps partiel, en banlieue parisienne. La structure, dépendante de l’hôpital intercommunal Robert Ballanger, prend en charge des enfants autistes âgés de six à douze ans. Elle propose des ateliers d’environ quarante-cinq minutes à une heure, ainsi qu’un suivi psychologique au CMP, centre médico-psychologique.

Les structures fermées

Le centre, qui encadre des éducateurs spécialisés, psychomotriciens, infirmiers, pédiatres et art-thérapeutes, est fermé depuis le confinement de la population. Emma l’atteste : « Trois questions se sont posées lors de la propagation de l’épidémie : l’accueil de 45 enfants dans des locaux restreints (le centre n’ayant que trois salles de 15 à 20 mètres carrés), le départ à la retraite de la secrétaire à la même période et le besoin de rapatrier les soignants en urgence dans les hôpitaux. » Les soignants du CATTP sont finalement eux aussi confinés. Certains travaillent à partir des outils numériques mis à disposition par le ministère, d’autres sont en arrêt maladie.

L’art-thérapeute organise des ateliers d’art individuels par visioconférence afin de garder un lien régulier avec les familles et l’enfant. « Rien que de voir le personnel soignant c’est déjà très rassurant et ça fait perdurer le lien », confirme Emma, mais elle insiste sur l’importance de la structure pour l’enfant : « certains enfants autistes ne vont plus à l’école, leur seule sortie de la semaine est au centre ». Elle poursuit : « ce n’est pas tant l’activité en elle-même qui va être importante, c’est plutôt la continuité que ça va apporter au niveau du soin, précise Emma. Les enfants ont besoin d’une régularité, de savoir qu’ils ont une séance chaque semaine, car ils n’ont pas la même temporalité que nous. Ils doivent se sentir exister dans le temps. »

Le psychisme fragilisé

Les patients habitués à un suivi psychologique régulier, sont quant à eux invités à poursuivre leur thérapie par téléconsultation ou téléphone. Des lignes d’écoute psychologiques sont également ouvertes à tous durant la période de crise sanitaire. Jules, parisien de vingt-huit ans, suit des séances de thérapie par téléphone une fois par semaine, avec sa psychanalyse habituelle. Il en témoigne : « C’est un cadre particulier, car ce n’est pas comme une conversation que je peux avoir avec un ami. Mais disons que ça m’aide, car je ressens le besoin d’être à deux pour dénouer certains problèmes. » Il poursuit sur la situation d’enfermement : « ce n’est pas une vie normale, car pour sortir on est supervisés. Ce n’est pas une vie souhaitable. »

Emma rejoint ce point de vue : « C’est une période compliquée pour les gens. Il y a l’ennui, l’absence de vie sociale physique. C’est difficile pour l’être humain de faire face à une épidémie, de ne plus avoir le contrôle, ainsi que d’être confronté à la mort. » Lors de la sortie de crise, la psychologie, comme tous les autres systèmes de soin, devra se questionner sur le retour de son activité usuelle, malgré des moyens financiers qui restent insuffisants. Pourtant, la France est le pays d’Europe qui dépense le plus pour son système de santé.

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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