Pedro Sanchez (au-dessus) compte sur l’aide de son allié Pablo Iglesias (Podemos) pour lutter contre le Covid-19 © PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Critiqué par les médias, les experts et les oppositions de droite, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, se retrouve à la croisée des chemins et encaisse de lourdes réprobations quant à sa gestion dans la lutte contre la propagation du Covid-19, qui a ouvert une boite de Pandore.

Le bilan est lourd au pays de Cervantès. Plus de 13 000 morts ont été recensés mardi, et 135 000 personnes sont contaminées. L’Espagne demeure le pays le plus touché du monde au prorata de sa population. Si cette crise sanitaire est majeure, Pedro Sanchez, le président du gouvernement espagnol, doit également gérer une crise politique sans précédent, où il est attendu au tournant, après des années d’instabilité politique. Les oppositions de droite jouent aux trublions en essayant de tirer les marrons du feu. Le parti d’extrême-droite Vox, sous la férule de son leader Santiago Abascal, se défend de vouloir tailler des croupières au gouvernement en place. Le député ne veut simplement pas « soutenir ce gouvernement », qui a « une gestion qui coûte des milliers de vies, et qui menace la démocratie et la liberté elle-même. »

Le parti de droite conservatrice, le Partido Popular, joue-lui, la carte de la mesure, tout en restant en opposition frontale au gouvernement. Son leader Pablo Casado préfère proposer des « plans de choc pour sortir de la crise économique (..) qui a déjà détruit 2 millions d’emplois. »

« La coalition au pouvoir est très fragile, le dessein de la droite n’est pas de lui faciliter la tâche », souligne Serge Buj, professeur de civilisation espagnole contemporaine. Mais M. Casado oublie surtout que ce sont sous les gouvernements de droite, de José María Aznar à Mariano Rajoy, que les hôpitaux ont été abandonnés. « Les privatisations ont eu un impact majeur dans la crise actuelle des hôpitaux », ajoute S. Buj.

Pedro Sanchez doit donc essuyer les critiques de toute la droite. Sa récente alliance avec le parti de gauche radicale Podemos pour former un gouvernement, doit ravir le secrétaire général du PSOE, qui s’évite les critiques de la gauche, avec laquelle il se retrouve uni dans la lutte contre le virus.

Le gouvernement actuel a rappelé le ban et l’arrière-ban politique pour proposer une sorte de nouveau Pacte de la Moncloa. Cet accord, signé le 25 octobre 1977 avait pour ambition de réunir un bon nombre des partis traditionnels pour assurer la Transition démocratique espagnole, et sortir du Franquisme. Mais cette demande a été refusée, hier, par le chef de l’opposition Pablo Casado, qui refuse de passer sous les fourches caudines en acceptant un pacte Faustien, même temporaire, avec le gouvernement. Si en France un pacte semble fonctionner, le mariage de la carpe et du lapin ne plaît pas aux dirigeants de la droite espagnole.

Pourtant en Espagne, « les pactes entre les partis politiques sont récurrents, souligne Cyril Trépier, docteur en géopolitique et auteur de ‘Géopolitique de l’indépendantisme en catalogne’. Ces dernières années, les alliances se sont multipliées, notamment à l’échelle régionale (..) alors peut-être que ce non du Partido Popular n’est pas un non définitif. »

Une crise sanitaire sans précédent

Les médias fustigent l’opacité au niveau du recensement des décès. Mais, pour Serge Buj : « Les médias mainstream espagnols sont moins incisifs qu’en France. » Un consortium d’experts juge le chiffre de 135 000 contaminés bien en-dessous de la réalité, celui-ci pourrait être multiplié par deux ou trois, en raison du faible taux de dépistage. En déclarant l’état d’urgence ainsi que le confinement jusqu’au 26 avril, mais aussi l’arrêt de la production dans certains secteurs « vitaux », P. Sanchez s’est attiré les foudres des régions espagnoles, et a fortiori du patronat. Le pays basque dénonce un arrêt qui « met en danger le tissu industriel » et « compromet les chances de récupération ultérieure. »

Les hôpitaux espagnols sont surchargés. Les privatisations dans les 17 communautés autonomes se sont intensifiées depuis plusieurs années. « Dans la communauté de Madrid et en Catalogne, le taux d’hôpitaux privés est très élevé », analyse Cyril Trépier. Tandis que « les communautés du Sud ont un fort taux d’hôpitaux publics », conclut Serge Buj. Après deux semaines durant lesquelles le bilan n’a cessé de s’alourdir, avec plus 900 morts quotidiens, l’Espagne pensait entrevoir le bout du tunnel. Lundi, les chiffres annonçaient 637 morts, soit le recensement le plus bas depuis le 24 mars. Mais ce mardi, les chiffres sont repartis à la hausse avec pas moins de 743 décès.

L’exécutif a décidé de trancher le nœud gordien, avec l’annonce de mise en place d’une stratégie de tests massifs. Le risque plane sur le président du gouvernement espagnol. La bataille contre le Covid-19 sera sans doute une victoire à la Pyrrhus. 

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Journaliste en herbe qui ratisse les sujets d'actus, avec un penchant pour la politique.

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