Mairie de Saint-Denis, le chef-lieu de la Réunion

À la Réunion, 320 cas de coronavirus ont été enregistrés. Quatre personnes sont en réanimation. 80% des cas de covid-19 sur l’île sont importés de la métropole dû notamment au manque de contrôle dans les aéroports. Le danger du virus n’est cependant pas ressenti chez tous les habitants.

« Volkan la pété », le volcan est en éruption en réunionnais, mais personne n’afflue pour admirer les coulées de lave. « On n’est pas curieux. On n’a pas le droit d’y aller ». Comme Annick, réunionnaise sexagénaire, les Réunionnais tentent de se confiner pour enrayer le coronavirus. Ici, la moitié des personnes infectées ont entre 18 et 50 ans. Depuis le 24 mars, la Réunion est au stade 2 et soumise au confinement. La population s’est divisée entre ceux qui vident les rayons de pâte et de sac de riz, et ceux qui ignorent les dangers du Covid-19. Une majorité d’entre eux ne craint pas d’attraper ce virus : « Je sors rarement de chez moi, mais les autres, ils s’en fichent : ils ne mettent pas de masque, ils s’entassent dans les magasins » déclare Annick, « Mon fils est sortie pêcher, il est têtu. Les gendarmes l’ont contrôlé, mais il a eu de la chance cette fois. Aujourd’hui, il est encore sorti ». Pour passer le temps, les Réunionnais entretiennent leur jardin. « Dans les magasins de jardinerie et animalerie les gens s’occupent de leur jardin. Il y a plein de monde ! » continue-t-elle. Sur les réseaux sociaux, les jeunes dionysiens sortent leur trottinette et leur skateboard pour « rider » sur le plus grand skatepark de l’Océan Indien. Selon eux, « il n’y a pas assez de personnes infectées pour que cela soit dangereux. »

L’impossible télétravail

Dans une entreprise de distribution de matériaux de construction et de fourniture industrielle, l’accès à la quincaillerie n’est désormais réservé qu’au personnel, mais pour récupérer les matériaux plus lourds à l’arrière du magasin aucune réglementation n’est appliquée. Désiré, approvisionneur dans cette entreprise, explique qu’il est impossible pour lui de faire du télétravail. Son entreprise n’est tout bonnement pas équipée : « Tous mes contacts, mes documents, mon calendrier pour suivre les bateaux, leur dédouanement, je ne peux pas travailler en dehors de mon bureau tout est là », il ajoute que « les conteneurs continuent d’arriver. Ils sont tous retardés de 15 jours pour une quarantaine. Pour dédouaner un conteneur, on a besoin du cachet de l’entreprise. »

Les conditions de précarité d’une partie de la population ne favorisent pas non plus le bon déroulement du confinement. Par exemple, des Réunionnais n’ont pas d’ordinateur ou n’en ont qu’un seul pour toute la famille. Les chefs de service travaillent quant à eux dans leur bureau en attendant le développement de signatures électroniques. Pour les employés qui n’ont pas les moyens d’acheter une imprimante, un passage sur leur lieu de travail est inévitable pour récupérer les documents.

Insulaire et solitaire

D’après le microbiologiste Patrick Mavingui au CNRS, en milieu insulaire, le confinement naturel de l’île fait que « la transmission peut être très accélérée et active. On peut attendre des taux de contaminations très élevés ». L’île aurait pu profiter de son statut pour établir un confinement strict. La ministre de l’Outre-mer, Annick Girardin, a laissé aux préfets gérer cette crise sur leur département. Les voyages touristiques ont été prohibés, mais La Réunion continue d’accueillir les Réunionnais revenant de métropole, qui sont automatiquement redirigés en quatorzaine alors que 80 % des cas du coronavirus sont importés. Au milieu de l’Océan Indien, « l’île intense » traverse, en plus du coronavirus, une épidémie de dengue, 1 200 cas depuis le début de l’année et des passages aux urgences toujours de plus en plus nombreux. De plus, ils ne demeurent pas à l’abri de co-infections ou de multi-infections qui accentueraient de ce fait la mortalité sur l’Île. 

La pénurie de masques est ressentie par le personnel soignant, tout comme en métropole. Il y a dix jours, l’Agence régionale de Santé a livré 30 000 masques moisis et inutilisables, puisés dans les stocks. 

Les hôpitaux ont d’ores et déjà doublé leur nombre de lits en réanimation, passant de 50 à 110. Cependant, La Réunion compte plus de 850 000 habitants et les établissements de soins pourraient être débordés en cas de crise aiguë. À Mayotte, à seulement 1500 km au Nord de la Réunion, 171 cas de coronavirus ont été confirmés. À cause de la vulnérabilité de ce département, un pont aérien a été mis en place depuis la Réunion pour les ravitailler en produits sanitaires et alimentaires, après l’arrêt des vols commerciaux il y a deux jours. Ce pont permettra notamment d’effectuer des évacuations sanitaires urgentes, ou de renforcer le personnels soignant. Malheureusement, si les hôpitaux arrivent à saturation, il sera difficile pour les autorités d’évacuer les patients réunionnais vers la métropole, située à plus de onze heures d’avion. 

Luna Laferiere

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Etudiante en journalisme, je recherche un stage de 3 mois dans une rédaction de presse française.

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