Le taux de pollution au plus bas en Chine depuis la crise sanitaire du coronavirus. © Hector RETAMAL / AFP

L’activité économique mondiale est à l’arrêt depuis le début de la pandémie du coronavirus et l’environnement se porte mieux. Cependant, cette situation inédite ne sera que de courte durée. Y aura-t-il une réelle prise de conscience écologique post Covid-19 ? 

« Il y a un lien qui est assez clair sur le fait que la pandémie provient en partie de la crise environnementale », explique Neil Makaroff, responsable des politiques européennes de l’organisme Réseau Action Climat. Ce constat explique la destruction de l’écosystème, car l’habitat des espèces sauvages est réduit à cause des modes de consommation et de production de notre société.

« La perte de biodiversité que l’on constate est notamment liée à la déforestation. Les animaux sauvages sont maintenant en contact avec ceux qui sont domestiques, donc avec les humains. Cela est plus propice au développement de certaines maladies », argumente Cécilia Rinaudo, coordinatrice générale de l’association Notre affaire à tous. Cette contamination s’est donc propagée à travers tous les déplacements des populations, ce qui a permis à cette épidémie d’avoir un impact international, d’où la nécessité de la mise en place d’un confinement.

La diminution de la pollution atmosphérique et des gaz à effet de serre sont les seuls points positifs de cette épidémie mondiale. L’environnement se porte mieux, à cause de l’arrêt des usines, des trafics routiers et d’une partie de l’économie. Depuis le début de l’épidémie en Chine, l’économie du pays est en stand-by, mais la pollution atmosphérique a baissé d’un quart en quelques semaines, selon les données du Centre de recherche sur l’énergie et la qualité de l’air. Cette chute est directement liée à la réduction des activités industrielles, qui sont pratiquement dépendantes des productions minières et pétrolières. Les chercheurs estiment qu’il y aurait une réduction de 200 millions de tonnes de rejet de CO2.

Mais il ne faut pas s’y tromper, cette phase ne sera que de courte durée : « Il y a certes une baisse des émissions de gaz à effet de serre, ce qui donne un répit dans la pollution mondiale, mais dans aucun cas ce n’est une bonne nouvelle, détaille Neil Makaroff. Nous n’avons pas changé structurellement notre production et nos déplacements. Les changements climatiques sont encore devant nous. » Jean-Luc Fessard, créateur de l’association Bon pour le Climat, ajoute qu’ « à court terme, c’est sûr, il y a un impact positif sur l’environnement.

Mais après la crise du coronavirus, je ne sais pas si on aura l’intelligence d’être raisonnable et de se dire que l’on a compris, que l’on est allés trop loin. Il faut revenir à des comportements plus vertueux et plus durables. Si on retient cet enseignement de la pandémie, ça serait génial. » Cette diminution n’est qu’une illusion. Il ne faut pas oublier que 2019 a été la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, en partie à cause des industries polluantes, comme l’aéronautique et le textile. 

Alerte auprès des gouvernements

De plus, les chercheurs scientifiques et les ONG mettent en garde les gouvernements au sujet de la relance économique de l’après-crise. Cette seconde phase pourrait encore une fois dérégler le climat. Greenpeace craint qu’ « un rebond des émissions de CO2 ne survienne, si le plan de relance des grandes nations est de retrouver une croissance à n’importe quel prix et de revenir au modèle néolibéral mis en place depuis des décennies. » Il y a un vrai risque que notre société connaisse l’effet de la crise financière de 2008.

Il y a eu une baisse des gaz à effet de serre jusqu’en 2010, mais quand l’économie est repartie, la pollution est revenue. « Il va falloir faire très attention et être très vigilant, pour qu’on ne reprenne pas les vieux travers de 2008, s’inquiète Neil Makaroff. Il ne faut pas relancer l’économie de manière traditionnelle sans entamer de transition, sinon nous ne respecterons pas les accords de Paris et de la COP 21. »

Toutes les associations environnementales souhaitent que les gouvernements prennent conscience des dérèglements climatiques. « Il y a déjà des évolutions au sein de la population : environ 75% des français veulent inscrire une politique durable pour l’environnement », rapporte Cécilia Rinaudo. Le véritable enjeu est celui des politiques, car seul leur action pourra changer ce déséquilibre écologique. « A priori on a un gouvernement qui a pris conscience d’un certain nombre de choses, préciseJean-Luc Fessard. On peut espérer que ce qui est en train de se passer va permettre une réflexion et une analyse sur notre mode de consommation et notre sensibilisation sur l’environnement. Mais il y a une inertie entre la décision politique et la mise en pratique, car il y a des enjeux économiques qui jouent derrière. »

C’est dans ce sens que le 4 avril dernier, un appel, intitulé « Le jour d’après », a été lancé par une soixantaine de députés afin de repenser notre société après le Covid-19. Sur une plateforme en ligne, les citoyens partagent des idées, qu’ils souhaitent que l’État prenne en compte, sur différentes thématiques dont la consommation, le travail et notamment l’environnement. C’est une avancée peut-être brève mais tout de même significative de l’implication d’une partie de l’hémicycle français. L’association Réseau Action Climat estime qu’il faut repenser notre société sur trois leviers différents : la relocalisation d’une partie des activités industrielles et agricoles, le changement de notre mode de production et la réorientation de notre consommation.

On s’aperçoit qu’un certain nombre de commerces ont fermé depuis la crise sanitaire. Les français se dirigent de plus en plus vers des circuits courts, des boutiques de producteurs ou directement vers l’agriculteur. « Derrière, il faut qu’il y ait des politiques publiques qui puissent accompagner ce projet. Il doit y avoir un effort avec les bons investissements au bon endroit », encourage Neil Makaroff. 

C’est sur le plan international que les changements doivent être les plus importants. Avec l’annulation de la COP 26, initialement prévue pour cet automne, certains points devront être traités en profondeur. Le virus a changé le quotidien de 3,4 milliards de personnes aujourd’hui confinées, mais le vrai combat de cette crise sanitaire reste la prise de conscience écologique des grandes puissances mondiales.

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Apprenti journaliste en quête de l'inconnu. Toujours à la recherche de sujets atypiques qui font bouger notre société.

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