Le maire de La Balme-de-Sillingy (Haute-Savoie), Francois Daviet interviewé le 28 février - Crédits photo : Maxime Petit / AFP

En temps de grande tragédie, le devoir d’informer demeure. Pour les chaînes de télévision, la tâche est d’autant plus difficile quand la prise d’image et de son peuvent mettre en danger les personnes et les reporters. En urgence, une nouvelle organisation se met en place pour répondre à une situation qui perdure.

« En temps normal, on a à BFM TV deux conférences de rédaction par jour pour préparer l’information de la journée avec une vingtaine de personnes présentes », indique Guillaume Cérin, rédacteur en chef-adjoint à BFM TV. « Aujourd’hui, ce sont les rédacteurs en chef qui font le pont entre les équipes pour éviter de rassembler plus de trois personnes ensemble. À l’entrée du bâtiment, on contrôle la température de chaque personne qui entre et on se nettoie les mains au gel hydro-alcoolique. Les portes restent ouvertes en permanence, pour ne pas avoir à toucher les poignées, et les équipes de nettoyages sont renforcées. Pour le moment, on a eu quelques cas suspectés, mais aucun de grave. »

Des audiences télévisées en hausse dans un contexte difficile

Ces quinze derniers jours, les Français ont regardé la télévision en moyenne 5 heures et 10 minutes chaque jour, contre 4 heures le reste de l’année, selon les données de Médiamétrie. Malgré des conditions de travail difficiles, les rédactions télévisées restent mobilisées à un moment où le besoin d’information est plus important.

« Depuis le mois dernier, les effectifs présents dans le bâtiment France TV ont été drastiquement réduits pour ne conserver que les personnes nécessaires, relate Catherine Rougerie, journaliste à France 2. On ne croise plus personne de l’administration, de la production ou des finances. Beaucoup de monteurs sont en télétravail et reçoivent les images des reporters par Internet. »

« Sur le terrain les conditions de travail ont également beaucoup évolué. On prend le maximum de précautions pour les journalistes et les personnes : le micro reste à bonne distance et on utilise des bonnettes en papier qu’on change à chaque utilisation, le matériel est désinfecté après chaque sortie par une entreprise spécialisée. Pour les équipes qui se déplacent en voiture, c’est deux personnes maximum par véhicule, une à l’avant et l’autre à l’arrière. »

Désormais, la collaboration est renforcée entre les rédactions de France TV et des sujets diffusés sur les JT régionaux de France 3 peuvent plus couramment se retrouver au 20h de France 2. « Le cœur du métier reste le terrain, c’est parce que l’on envoie des gens dans les établissements de santé qu’on peut montrer ce qu’il se passe en France. Mais dans certains cas, par exemple en EHPAD où ce n’est plus possible d’entrer, on demande au personnel d’utiliser leurs smartphones et de nous envoyer les vidéos. »

« Pour limiter les risques, on prend au maximum deux personnes en plateau »

De la même façon, les interviews par Internet se sont généralisées sur la plupart des chaînes, notamment en information en continu. « La distanciation d’un mètre n’est pas possible en plateau alors on se tourne vers des solutions alternatives comme Skype ou Facetime », explique Guillaume Cérin. Pour limiter les risques, on prend au maximum deux personnes en plateau, souvent du personnel soignant ou des intervenants de la chaîne en plus du journaliste. Comme le duplex se fait via une application extérieure, la tâche est beaucoup plus compliquée et chronophage pour les régisseurs – dont l’équipe reste au complet –, au lieu de prendre un invité pour trois, quatre minutes, on peut le garder huit minutes le temps de préparer la prochaine personne. »

Mais la réduction du personnel n’a pas été effective partout. À TF1, l’émission Sept à Huit a réinventé sa formule et est passée d’une fréquence hebdomadaire à quotidienne. « Ça a nécessité une semaine pour mettre le dispositif en place et pour mobiliser de nouvelles équipes. On est passé de 45 à 60 personnes qui travaillent tous les jours pour l’émission, réparties en 9 à 10 groupes. Cameraman, journaliste et monteur travaillent ensemble. En télétravail à Paris, on a les rédacteurs en chef et un enquêteur par équipes qui identifie les histoires. » explique pour le site Arrêt sur Images, Emmanuel Chain producteur de l’émission.

L’émission suit au plus près le quotidien des personnes qui travaillent auprès du virus malgré le confinement. Dans le contexte actuel de pandémie, l’émission évoque à travers de nombreux témoignages la mort de façon concrète, dans une réalité crue qui peut surprendre pour du magazine télé. Une des facettes tragiques des nouvelles réalités que véhiculent les médias.

+ posts

Étudiant journaliste à l'ISCPA et photojournaliste amateur. Vous pouvez me contacter à alexandre.garnier@iscpa.igsgroupe.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici