Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'égalité hommes-femmes, lors d'une conférence de presse à Matignon en septembre 2019. ©Eric FEFERBERG / AFP

Depuis le début du confinement, les violences conjugales ont augmenté de près de 30% en France. Pour faire face à cette montée, le gouvernement a mis en place des mesures qui ne semblent pas être suffisantes selon certains acteurs de premier plan de la lutte contre les violences conjugales.

Selon le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, les violences conjugales ont augmenté de plus 30% en France depuis le début du confinement. Pour tenter de venir en aide aux femmes et aux enfants enfermés avec un homme dangereux, plusieurs mesures ont été mises en place par le gouvernement. Toutefois, certains militants de la lutte contre les violences domestiques affirment qu’elles sont loin d’être suffisantes afin d’enrayer cette tendance. Ils pointent du doigt le manque d’espaces d’accueil pour les victimes, ainsi qu’un dispositif policier et judiciaire insuffisant pour écarter les personnes violentes des foyers.

La mise en place de mesures d’urgence

“La violence ne se cantonne pas aux champs de bataille. Malheureusement, de nombreuses femmes et jeunes filles se retrouvent particulièrement exposées à la violence précisément là où elles devraient en être protégées : dans leurs propres foyers” a martelé hier António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies. Une hausse des violences conjugales est signalée partout en France, et notamment en région parisienne où elle atteint 36%.

Pour tenter d’enrayer cette recrudescence, Christophe Castaner a annoncé la mise en place de points relais dans les pharmacies afin de permettre aux femmes en danger de signaler leur situation. “Quand une femme se présente, nous prenons son nom, son adresse et son numéro de téléphone et nous appelons le 17” explique Véronique Cousin, une pharmacienne en région parisienne. Bien qu’elle approuve cette décision, la pharmacienne qui n’a reçu pour l’heure aucune plainte, se demande si l’information a vraiment été entendue par ces femmes.

Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes a quant à elle annoncé la mise en place de points de rencontre pour les victimes dans certains centres commerciaux, ainsi que le déblocage d’un budget d’un million d’euros pour faire face à ce problème. Des numéros d’urgence* à destination des victimes et des agresseurs qui seraient sur le point de commettre l’acte ont aussi été activés.

Une initiative singulière

Une solution originale a été trouvée en Seine-Saint-Denis. Le département se charge en effet de payer des chambres d’hôtels aux hommes violents dans le but de les éloigner de leur famille. Stéphane Troussel, le président du département a d’ailleurs annoncé sur Twitter : « il s’agit d’une initiative que nous espérons voir reprise ailleurs. »

Toutefois, ces mesures ne semblent pas convaincre tous les militants pour la protection des victimes de violences, notamment Mohamed Jemal, de l’association “Un Toit pour Elles” : « Nous avons été choqués par le dispositif mis en place par le gouvernement. C’est aberrant de payer des chambres d’hôtel aux bourreaux quand on sait que ces hommes sont violents et récidivistes, s’insurge-t-il. J’aurais plutôt pensé à un dispositif de surveillance jusqu’à la fin du confinement.

Pour Isabelle Steyer, avocate spécialiste des affaires de violence conjugale, la mise à distance des hommes violents est une très bonne chose : « Dans les cas de violence conjugale, il est préférable que les femmes restent à la maison avec les enfants. Le plus simple est de mettre la personne dangereuse à l’écart et non l’inverse. »

Un manque de solutions légales et d’un dispositif policier

Isabelle Steyer rejoint ensuite la position de M. Jemal en affirmant que ces hommes doivent être placés sous contrôle judiciaire : « Rien n’a été fait d’un point de vue légal pour aider les victimes. A l’heure actuelle, les tribunaux sont fermés, les femmes ne peuvent donc pas porter plainte, constate-t-elle. Nous voulons aujourd’hui permettre à ces femmes de pouvoir le faire depuis chez elle. Le gouvernement devrait ainsi créer une brigade de police spéciale afin de protéger les femmes durant le confinement. »

Pour Mohamed Jemal et Isabelle Steyer, il est clair que l’Etat doit fournir plus de soutien aux victimes, que ce soit financier en supportant les associations comme “Un Toit Pour Elle”, ou légal en votant le plus vite possible des lois permettant d’avoir des leviers d’actions sur le phénomène. Pour l’avocate, sans ces décisions, les femmes seront donc toujours sous le joug de la personne violente et les agressions risquent de continuer jusqu’à la fin du confinement.

*Les numéros d’urgences

Pour les victimes de violences  : 3919 par téléphone et 114 par texto.

Pour des agresseurs qui seraient sur le point de passer à l’acte : 08.019.019.11 par téléphone

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