Membre du personnel soignant de Nîmes sur la base aérienne dans le Sud de la France le 4 avril 2020 lors d’une opération de transfert de patients venant de la Région Grand Est. ©Pascal Guyot / AFP

Dans son dernier point presse du samedi 4 avril, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon annonçait « une lente diminution de l’augmentation » des patients admis en réanimation. Une lueur d’espoir apparaît et les premiers effets du confinement se concrétisent, même si sur le terrain les soignants sont toujours dans une situation plus que critique.

« C’est un flux tendu plus qu’une baisse, samedi notre réanimation était pleine, on était prêts à transférer », précise Loïc Pen, médecin urgentiste à Creil, dans l’Oise, un des premiers clusters de l’épidémie en France. Avant le début de la crise sanitaire mondiale, la France comptait un peu plus de 5000 lits de réanimation sur l’ensemble du territoire, aujourd’hui elle a augmenté sa capacité à 7 000 pour contenir l’épidémie. Et dans l’Oise, le médecin urgentiste explique : « on a augmenté la capacité à 10 000 en armant des centres hospitaliers ou de réserve », mais il déplore qu’ « en réanimation, ça reste du bricolage ».

Passant de 502 patients ce samedi contre 641 la veille et 729 le jeudi précédent, cette baisse se calcule selon la différence entre le solde des admissions en réanimation, en diminution depuis le 1er avril, et le nombre de sorties. Nombre qui s’élevait à 250 ce dimanche. Malgré ce léger recul, 6 838 personnes étaient toujours intubées et ventilées samedi selon le dernier point de la Direction Générale de la Santé (DGS).

Des chiffres en baisse dus aux transferts effectués en masse depuis les régions Île-de-France et Grand-Est vers l’ensemble du pays : 163 transferts pour la première et 250 pour la seconde. Le directeur général de l’agence régionale de santé Grand Est, Christophe Lannelongue, explique aux Échos que cela a permis de « casser la courbe » de l’épidémie.

Espoir qui cache un effet rebond

« Je ne suis pas persuadé que ça ait baissé, on a une diminution sur deux régions mais il faut prendre ça avec des pincettes », avertit Loïc Pen. Pour ce qui est des urgences, l’afflux est moins important qu’au début de l’épidémie, mais les services de réanimation restent encore surchargés au vu de leur capacité d’accueil et de soins. L’urgentiste explique : « en réanimation c’est plus compliqué, on a des patients qu’on a hospitalisés qui étaient stables mais dont l’état se dégrade et qui passent en réanimation. La cinétique n’est pas géniale, en urgences la situation s’améliore mais en réanimation pas encore ».

La baisse du nombre de patients admis en réanimation ne signifie pas une amélioration des services hospitaliers. Le manque d’effectifs ne favorise en rien la situation : « Normalement c’est une infirmière pour trois patients, là on est à une pour huit, ce n’est pas normal mais on n’a pas le personnel », déplore le médecin.

L’épuisement du personnel soignant

Un autre effet rebond qui risque de balayer le peu d’avance pris sur la propagation du virus est celui de l’épuisement des soignants. Même si pour Loïc Pen : « Cela ne va pas les empêcher de soigner, mais c’est à risque d’erreurs. On aura des prises en charges où il y aura des bêtises parce que les gens seront épuisés, mais on va faire avec ». Malheureusement habitués à tirer sur la corde, les professionnels du milieu hospitalier continueront de faire leur travail malgré un déficit en ressources humaines et matérielles.

Ce qui inquiète le médecin, c’est davantage la propagation du virus chez les soignants : « Le vrai risque c’est la contamination des soignants qui n’ont pas le matériel nécessaire pour se protéger eux-mêmes, ni les patients ». Autre inquiétude du médecin urgentiste, celle de l’après-confinement : « L’effet rebond, on risque de l’avoir après la fin du confinement si les bonnes mesures ne sont pas prises ». Le risque d’une seconde vague de contamination pourrait revenir saturer le service hospitalier une fois la première dissipée.

Mauvaise stratégie ?

Le transfert de patients est une solution risquée et logistiquement lourde. Ce qui étonne Loïc Pen, c’est que l’on transfert des patients plutôt que du matériel disponible : « On va soulager des services en transférant, mais c’est anecdotique sur le nombre total. J’ai un ami médecin du Cantal qui me disait qu’il y avait 45 places en réanimation dans son hôpital, 6 occupées et 1 cas de coronavirus. La question qui se pose c’est pourquoi on ne déplace pas le matériel plutôt que les patients au compte-goutte ? ».

Même si le transfert peut désengorger les services de réanimation et expliquer, en partie, la diminution de l’augmentation de cas admis dans ce service, la stratégie de transfert de patients semble plus compliquée et plus risquée que réfléchie. « Je suis surpris de la stratégie du transfert des patients au vu des risques, plutôt que celui du matériel encore disponible, s’interroge Loïc. On est en train de bouger des patients à grand frais et à grande consommation de personnels. »

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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