Le ministre de la Santé Olivier Véran et Jérôme Salomon le directeur général de la Santé, lors d'une conférence de presse le 28 mars 2020 à Paris ©Geoffroy Van der Hasselt/Pool/AFP

Depuis quelques jours, le gouvernement est en train de changer de doctrine sur l’utilisation massive de masques contre la pandémie de coronavirus. Un revirement qui cache des raisons économiques.

Depuis le début de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande aux autorités de réserver les masques chirurgicaux et FFP2 aux soignants, en première ligne face au Covid-19. Tel un effort de guerre, ces masques sont donc réquisitionnés pour les professionnels de santé qui en manquent cruellement. S’il paraît évident qu’ils doivent être prioritaires, cela ne veut pas dire que le reste de la population n’en a pas besoin.

Il y a encore quelques jours, les différents discours politiques officiels laissaient clairement entendre que le port du masque n’était pas forcément utile pour une personne civile non infectée. L’exécutif se cachait derrière le fait que certains médecins émettent des doutes sur l’utilisation massive du masque. Le Premier ministre Edouard Philippe justifiait sa position ainsi : « On nous a beaucoup critiqués sur ces éléments, mais je me permets de citer le docteur Mike Ryan, directeur exécutif de l’OMS pour les programmes d’urgence. Le 30 mars, […] il a dit : ‘il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la population apporterait un bénéfice.’ »

Plutôt que de chercher à comprendre afin d’expliquer à la population comment doit s’utiliser un masque, des personnes comme Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, partent du principe que comme elle, les français ne savent pas en utiliser, ce qui rendrait son port dangereux. Cette vision est en train de changer. Le ministre de la Santé Olivier Véran le dit lui-même : il est en train de « réévaluer la doctrine ».

Le discours change car le réapprovisionnement de masques augmente

Dans son communiqué du jeudi 2 avril dernier, l’Académie nationale de Médecine « recommande que le port d’un masque ‘grand public’, aussi dit ‘alternatif’, soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement. » Pour Olivier Véran : « On doit être capables de produire des masques, pour des personnes qui ne sont pas des soignants, […] voire demain, pouvoir proposer à tout le monde de porter une protection. » Selon Jean-Yves Diquelou, gynécologue au centre hospitalier de Draguignan, dans le Var : « Le gouvernement aurait dû généraliser dès le début le port du masque sauf qu’il n’y en avait pas. Il faut en porter parce que cela évite le contact direct avec des personnes qui sont malades ou potentiellement transmettrices. Ça permet d’isoler la chaîne de transmission. »

Le gouvernement ne voulait pas recommander la généralisation du port du masque afin que les pharmacies ne soient pas dévalisées davantage. Jean-Yves Diquelou déclare : « On vient d’être livrés en masques. Nous en avons suffisamment maintenant mais cela n’a pas été le cas pendant le premier mois. Durant cette période, beaucoup de soignants étaient en contact avec des patients sans être protégés. » A l’étranger, le port du masque est obligatoire dans de nombreux pays, notamment en République tchèque, en Slovénie, ainsi que dans la région de Lombardie (Italie).

Une pénurie liée au non-renouvellement des stocks

En 2009, Roseline Bachelot, alors ministre de la Santé, avait dû faire face à la grippe A (H1N1). A l’époque, la France comptait un milliard de masques chirurgicaux et 900 millions de masques FFP2. La quantité était suffisante et répondait aux recommandations du rapport parlementaire d’alerte sur les risques épidémiques, rédigé en 2005. Pourtant, la ministre avait été accusée d’avoir commandé trop de masques. Par la suite, les stocks ont été de moins en moins souvent renouvelés.

En 2013 le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) considère que le FFP2 est plus coûteux et moins confortable qu’un masque chirurgical. En 2016, une loi de modernisation du système de santé a ordonné le transfert des missions de l’Etablissement de Préparation et de Réponses aux Urgences Sanitaires (EPRUS) vers l’organisme Santé publique France, nouvellement créé. A partir de là, les stocks périmés n’ont pas été renouvelés pour des raisons économiques. Au début de l’épidémie du coronavirus, le stock de masques était d’environ 100 millions, contre 600 millions en 2011.

La France a commandé plus d’un milliard de masques à la Chine. Quelques millions ont déjà été livrés et le réapprovisionnement doit durer encore plusieurs mois. Christian Estrosi, le maire de Nice, a annoncé lundi 6 avril qu’à partir de la semaine prochaine, des masques en tissu seront livrés à tous les Niçois, à leur domicile.

+ posts

Etudiant en fin de deuxième année à l'ISCPA Paris. Passioné par le football, grand intérêt pour l'histoire et la géographie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici