Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, envisagent des nationalisations temporaires pour sauver des entreprises de la faillite. ©Alain Jocard / AFP

Entre guerre déclarée contre la pandémie de Covid-19 et réductions d’activité contraintes, l’économie française est à l’arrêt et ses entreprises sont en danger. Face à l’urgence, le gouvernement table sur plusieurs options et se prépare à un virage brutal. La prise de participation et la nationalisation d’entreprises fragilisées sont évoquées.

« Il ne faut pas avoir de tabous en la matière (…) Il faudra effectivement que l’État soit là si besoin pour venir au secours des entreprises. » Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, se dit favorable à des nationalisations d’entreprises. Le monde à l’envers ? Accumulation de dettes et récession annoncée obligent, ceux qui, hier encore, défendaient le sacro-saint libéralisme et sa main invisible, envisagent aujourd’hui un retour de l’État aux affaires. Quelques mois après la privatisation de la Française des jeux et dans la foulée de l’interruption forcée de celle du groupe Aéroports de Paris (ADP), le gouvernement revoit ses positions et Bercy a établi une liste (confidentielle) des entreprises à protéger. Le 18 mars dernier, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances déclarait : « Nous pouvons prendre des participations, nous pouvons recapitaliser, nous pouvons le cas échant nationaliser, nous nous tenons prêts à recourir à tous ces instruments. »

Des nationalisations aux privatisations

Au sens de la loi du 11 février 1982 une nationalisation désigne une prise de contrôle direct d’une société par l’État, lorsque ce dernier détient plus de 50 % de son capital et devient son actionnaire majoritaire. Si la première nationalisation française remonte à 1848, les deux grandes dates à retenir restent 1945 et 1982.

La première vague, celle de 1944-1945, est lancée à l’initiative du Général De Gaulle, sous la pression du Conseil National de la Résistance. Ce sont les Charbonnages de France et Renault qui sont nationalisés par ordonnance dans un premier temps, puis les transports aériens, la Banque de France, le gaz et l’électricité… Une stratégie de reprise et de relance d’après-guerre qui ouvrira la période faste des Trente Glorieuses.

La seconde vague, celle de 1982, reste attachée à la figure de François Mitterrand. Élu à la présidence de la République en 1981, il porte un plan de nationalisation à grande échelle. Son projet s’étend sur de nombreux secteurs, en particulier l’industrie et les finances. Si bien qu’en 1983, un salarié sur quatre travaille dans le secteur public.

Après l’époque des nationalisations vient celle des privatisations, dictées par le dogme libéral qui régit l’économie mondiale. Depuis le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacque Chirac entre 1986 et 1988, les privatisations s’accumulent (France Telecom, Renault, Gaz de France…). Près de quarante ans et une crise sanitaire mondiale plus tard, la troisième vague de nationalisation pourrait être celle de 2020.

L’Etat au chevet de ses fleurons

Après trois semaines de confinement, les conséquences néfastes de la crise s’accumulent et des cadors français tels que Renault ou Vivendi sont dans l’œil du cyclone. La solution de la nationalisation s’impose de fait dans le débat. L’objectif : sauver des entreprises rentables menacées de faillite et dans l’impossibilité d’emprunter à hauteur de leurs besoins. Une prise de contrôle de l’Etat permettrait de protéger les fleurons de l’économie nationale, notamment face aux investisseurs étrangers, qui pourraient profiter de la faible capitalisation actuelle de certaines entreprises pour s’offrir des parts à moindre coût.

Reste que les « renationalisations » s’annoncent délicates, notamment d’un point de vue diplomatique dans les cas de Renault et d’Air France, dont une partie du capital appartient respectivement au japonais Nissan et au Néerlandais KLM. Rassurant tout son monde, Bruno Le Maire a réaffirmé ce vendredi 3 mars que ces mesures ne seraient que temporaires : « Il s’agit simplement d’avoir l’État qui protège, pour une durée limitée, des entreprises, en prenant une participation ou éventuellement en faisant une nationalisation temporaire. »

Et la nationalisation n’est pas le seul levier. L’Etat pourrait monter au capital d’une société sans devenir majoritaire, proposer des prêts directs ou accorder des garanties de dettes. C’est dans ce cadre que le gouvernement s’est porté garant à hauteur de 300 milliards d’euros des emprunts que les entreprises solliciteront pour solidifier leur trésorerie. Côté nationalisation, les débats sont ouverts, affaire à suivre. 

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Titulaire d'une Licence de Science Politique et actuellement en seconde année de Master journalisme à l'ISCPA Paris.
Journaliste chez LMedia - EcoReseau Business depuis mars 2019.

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